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Retravailler le style de son roman, phrase par phrase

Le travail sur le style, c’est le moment où l’on cesse de se demander si l’histoire tient debout pour se demander si chaque phrase mérite sa place. C’est le métier à l’échelle de la phrase : est-ce que cela se lit bien, est-ce que cela avance, est-ce que cela porte.

Voici cinq choses à surveiller.

1. Pas « montrer plutôt que raconter » : raconter avec mesure

Le conseil est usé jusqu’à la corde, parce qu’on en fait un absolu. Ce n’en est pas un.

La règle vient du théâtre, où l’on ne peut littéralement pas dire au public ce que ressent un personnage sans l’arracher à la scène. Un narrateur qui monte sur les planches pour expliquer que le duc est en colère, et l’illusion se brise. Les dramaturges ont donc appris à montrer la colère : une porte qui claque, une réplique sèche, un verre qui vole contre le mur.

Un roman, lui, a un narrateur. Raconter fait partie de l’instrument.

La vraie question n’est pas montrer ou raconter ? C’est : le lecteur va-t-il prendre plaisir à vivre ce moment, ou a-t-il seulement besoin de savoir qu’il a eu lieu ? Votre enquêtrice quitte la scène du crime pour la morgue. Faut-il montrer le trajet ? Non. Personne n’a acheté le livre pour les embouteillages. Mais si vous vous contentez d’annoncer un meurtre au lieu de montrer le corps, ou de résumer ce qu’a dit le légiste au lieu de montrer les réactions, le récit retombe : vous avez coupé précisément ce que le lecteur était venu chercher.

Montrez les scènes qui pèsent.

2. Gare aux sorties de point de vue

Que vous écriviez à la troisième personne focalisée ou à la première, la caméra est derrière une seule paire d’yeux. Tout ce qui figure sur la page doit être quelque chose que cette personne-là peut percevoir, savoir ou penser.

On dérape facilement. En voici un exemple :

Une silhouette sombre surgit silencieusement derrière moi.

Votre narrateur voit-il ce qui se passe dans son dos ? Entend-il le silence ? Ce qu’il peut percevoir, c’est une ombre qui glisse sur le mur en face de lui, les poils de sa nuque qui se hérissent, ou la certitude soudaine que quelqu’un est là. La silhouette derrière lui, c’est la caméra de l’auteur, pas celle du personnage.

Ces dérapages sont minuscules, et la plupart des lecteurs ne sauraient pas les nommer. Mais ils les sentent. Une sortie de point de vue est une petite fêlure dans l’immersion : un instant où l’on n’est plus dans la tête du personnage, mais au plafond, à le regarder. Accumulez-les, et la voix commence à sembler peu fiable.

Plus sérieux encore que les dérapages de perception : les dérapages d’opinion. Votre adolescente n’a sans doute pas les émotions d’une adulte. Votre héros de l’Empire romain ne pense pas comme vous.

3. Resserrer

Il s’agit de densité d’information. Une phrase lâche demande plus d’efforts au lecteur pour moins de récompense. Une phrase serrée l’entraîne.

Comparez :

Il y avait une maison qui était très vieille et très délabrée, et la ville dans laquelle elle se trouvait était calme et lourde de mystère.

Et :

Dans une ville calme, lourde de mystère, se dressait une vieille maison délabrée.

Même information. Moitié moins de mots. La seconde version se lit plus vite, frappe plus fort et, surtout, amène le lecteur plus tôt à la phrase suivante, qui est le seul endroit où il apprendra la suite.

Traquez les très, les assez, les il vit que, les commença à, les le fait que, et toute phrase qui dit deux fois la même chose avec des mots différents. Ce sont les fruits les plus bas de l’arbre. Cueillez-les, et le paragraphe se resserre de lui-même.

4. Ordonner pour faire monter

Une scène a une direction. Elle doit monter, pas stagner.

Si votre personnage est pris dans un affrontement, la tension doit croître : un regard, puis des mots, puis des éclats de voix, puis ce qui ne pourra plus être repris. Si la scène culmine en son milieu et retombe ensuite, l’investissement du lecteur se dégonfle au moment précis où il devrait être récompensé.

C’est vrai aussi en romance. Imaginons une scène où votre héroïne offre un petit cadeau à celui qu’elle aime et où, dans la même scène, ils parlent d’un meurtre survenu plus tôt. Si le cadeau vient d’abord, la tendresse monte, puis s’effondre dans une conversation sur le meurtre. La scène a l’air de ne pas savoir ce qu’elle veut.

Placez le cadeau après la conversation. Celle-ci est sombre et lourde, et le petit geste final devient une délivrance : la chaleur naît de la tension au lieu de s’écraser contre elle. Même matière, autre ordre, sensation entièrement différente.

C’est comme en musique. On ne place pas le crescendo avant le pont.

5. Faites confiance à votre voix

Ce qui compte le plus dans la voix d’un auteur, c’est qu’elle soit la sienne. Tout l’intérêt d’un style, c’est d’être reconnaissable. Les phrases nues de Duras et les longues volutes de Proust sont toutes deux de l’excellente prose, et elles le sont parce qu’elles s’assument, non parce qu’elles cochent une liste.

Affinez la voix. Nettoyez-la. Faites-lui faire ce que vous voulez. Mais ne la poncez pas jusqu’à ce qu’elle puisse appartenir à n’importe qui.


Le travail sur le style est lent. Il vous demande de vous soucier de chaque phrase d’un manuscrit qui en compte peut-être trois cents pages. Si vous voulez un second regard, un qui repère les sorties de point de vue et les tournures lâches sans toucher à votre voix, les corrections de style de Ghostkey font exactement cela.